Carbon devait construire à Fos-sur-Mer la plus grande usine de panneaux solaires d'Europe. C'est fini : la startup française a tout arrêté, faute d'une préférence européenne assez protectrice face à la Chine. Le projet pesait 1,5 milliard d'euros et promettait 3 000 emplois directs. L'entreprise est aujourd'hui en liquidation judiciaire.
Le champion français de la souveraineté solaire
Carbon, c'était l'entreprise qui devait redonner à l'Europe une industrie solaire digne de ce nom. Fondée en 2022, la startup avait monté un projet énorme : une giga-usine à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, sur 45 hectares, capable de produire 10 millions de panneaux solaires par an. De quoi couvrir les besoins en électricité d'un million de foyers français. Le permis de construire avait été obtenu en avril 2025, et le projet avait même été classé d'intérêt national majeur. Sur le papier, tout était là pour réussir.
L'Europe a élargi son label au lieu de protéger
Sauf que voilà, Carbon avait besoin d'une chose pour tenir face aux prix chinois : un marché européen réservé aux producteurs européens. Bruxelles a bien légiféré, avec le Net Zero Industry Act en 2024 puis l'Industry Acceleration Act en mars 2026. Mais ce dernier texte a fait l'inverse de ce qu'espérait Carbon. Au lieu de verrouiller le label "Made in Europe", il l'a élargi à des pays comme la Turquie, le Vietnam ou l'Inde, et a repoussé la vraie préférence européenne à 2030. Sans marché protégé à l'avenur, les investisseurs ont coupé les financements.
12 000 emplois et une liquidation judiciaire
Le résultat est brutal. Ce sont 3 000 emplois directs et environ 9 000 emplois indirects qui partent en fumée, dans une région qui en avait bien besoin. Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de Carbon le 13 mai. Et derrière, le constat est toujours le même : la Chine contrôle environ 85 % du marché mondial des panneaux solaires et fabrique l'essentiel du polysilicium, la matière première. Sans protection politique, aucun industriel européen ne peut s'aligner sur ces prix.
On en dit quoi ?
L'Europe répète depuis des années qu'elle veut sa souveraineté industrielle, et puis quand un industriel se lance vraiment, elle légifère dans l'autre sens. Carbon a fait le pari de croire aux discours, et s'est retrouvé seul face à la Chine. Le pire, c'est que le scénario était connu d'avance : sans préférence européenne, une usine de panneaux solaires en France ne tient pas. Bruxelles avait la main pour avancer, elle a choisi d'attendre, une fois encore.